Comme des fantômes : Histoires sauvées du feu, Fabrice Colin

Publié le par Ryû

Comme des fantômes : histoires sauvées du feu

 

Fabrice Colin

 

 

 

 

 

 

colin comme des fantomes






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Editeur : Les Moutons électriques
Collection : La Bibliothèque Voltaïque
Date de parution : avril 2008
Nombre de pages : 264


 
Résumé : Que se passe-t-il quand un auteur abandonne ses personnages ? Quand l'Alice de Lewis Carroll oublie de fêter ses 130 ans ? Quand Peter Pan entend vous faire payer ses orientations sexuelles ? Que se passe-t-il lorsqu'un lecteur est pris au piège d'un cadavre d'histoire, qu'un détective devient fabriquant de spectres ou que la mort d'un poète fait surgir une forêt ? Expert en fantômes et en fées, docteur ès faux semblants et machinations troubles, Fabrice Colin possédait sur ces questions - et sur d'autres - des avis très personnels. C'était avant 2005 : avant qu'un incendie accidentel ne mette un terme brutal à ce qu'il appelait lui-même " ma petite carrière d'ombres ". Ce recueil de nouvelles se veut hommage autant qu'étude ; s'y dévoile par à-coups une personnalité tourmentée et complexe dont les textes ici présentés ne sauraient suffire à épuiser pleinement le mystère. Suicide ou disparition ? Mythomanie chronique ou soif d'histoires compulsive ? La réponse, si elle existe, se trouve à l'intérieur.


Avis : Alors alors, dur de déterminer par où commencer avec un ouvrage aussi étonnant et passionnant, sans compter que j'ai toujours beaucoup de mal à faire une synthèse lorsque je dois commenter plusieurs textes différents en même temps. Il s'agit du premier ouvrage que je lis de Fabrice Colin, et il faut dire que je ne suis pas du tout déçue. Bon, je dois avouer que la première chose qui m'a attirée à l'achat est... la couverture, absolument superbe. Je vous rassure, je ne me suis pas basée uniquement sur ce critère pour l'achat : les bonnes critiques lues à droite et à gauche ont fait peser la balance de manière beaucoup plus sûre ;)

Le recueil en question est assez singulier, et pendant un temps, je n'ai pas pigé grand-chose : mais il est mort, l'auteur, ou pas ? En fait nan, c'est juste un bouquin publié comme si c'était un recueil de nouvelles post-mortem. Très malin. Pour en venir au contenu principal, on y trouve donc des nouvelles (sans blague :p), ainsi que des articles en tout genre. Les uns comme les autres passent comme une lettre à la poste. Le lecteur se trouve embarqué dans l'univers du merveilleux, étrange et fascinant, dans des histoires drôles, dérangeantes, voire vaguement inquiétantes. L'atmosphère du rêve prédomine avant tout : absurde, magique et souvent sombre.

La première nouvelle, Naufrage, mode d'emploi, ouvre le bal sur les états d'âme d'un auteur auquel on demande d'abandonner la fantasy, devenue has been, pour se consacrer à un ouvrage historique sur l'Irlande. L'auteur jongle entre l'univers fantasy sur lequel il planchait et ses Irlandais. Au final, sur fond d'ambiance délétère, on a droit à une nouvelle franchement drôle, où l'écrivain se fout de la tronche de ses personnages, et où fatalement, les deux histoires viennent à se rejoindre.

Dans l'ensemble, Fabrice Colin propose toute une palette de ton et d'ambiance à travers ses différentes nouvelles, qui il faut le dire, en plus d'être prenantes, sont plutôt originales. Arnarstapi nous présente la vieille Alice Liddell qui tourne dingue et son chat qui laisse des sourires partout. Suivent Une autre fois, Damon, Intervention forcée en milieu crépusculaire, Retour aux affaires, Intérieur nuit et bien d'autres. Toutes ne m'ont pas marquée de la même façon, toutes ne sont pas aussi drôles que la première. L'Homme dont la mort était une forêt laisse rêveur et vaguement inquiet, Arcadia également. En fait, beaucoup des nouvelles possèdent cette atmosphère étrange et dérangeante, même si cela n'empêche en rien la drôlerie de quelques unes d'entre elles. Un texte surtout m'a beaucoup marquée : Leçon de nuit, magnifique, véritable ode au merveilleux.

Dans l'ensemble, Fabrice Colin propose un ouvrage de très bonne qualité, avec un véritable travail sur la forme des textes et leur narration. Là où un autre se serait cassé la figure, on jongle ici avec plusieurs temps ou plusieurs personnes, qui plus est peu usitées dans les narrations (tu, vous...), parfois même au sein d'une même nouvelle, sans que cela gêne pour autant la lecture. J'ai personnellement été happée, tout simplement. Les éléments fantasy se détachent de ce que j'ai pu lire dans le genre, et là encore, on a l'impression que c'est utilisé... comme outil, que l'auteur en joue avec une facilité déconcertante, et par ailleurs fort plaisante.

On note un réel talent d'écriture et de mise en scène. Pour ma part, qu'on ne vienne plus me parler de la prose médiocre et frelatée des auteurs de SFFF. Ni non plus de la mauvaise production des auteurs français. Non seulement on en a, mais en plus de très bons, le hic reste qu'ils ne sont pas forcément connus. Normal, quand on voit que des Eragon et autres Twilight occupent tout l'espace, que les gens qui ne connaissent pas le genre voient celui-ci d'un oeil atterré... :/

Sur ce, et pour en revenir à l'ouvrage, sachez qu'il vaut très largement sont prix un peu élevé. En plus de textes de qualité et forts plaisants, vous avez en prime une présentation hyper canon (oui, je reste aussi sur l'élément de la belle couverture, de toute façon si je m'écoutais, j'achèterais tous les livres de chez les Moutons rien que pour ces couv' :) ).

Publié dans Fantasy

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Lou 11/08/2011 09:23



C'est vrai qu'il est difficile d'en parler... moi-même j'ai écrit billet très court alors qu'on aurait pu en dire beaucoup plus... je suis un peu moins enthousiaste que toi mais ton billet est
très intéressant !



Tortoise 26/05/2010 15:44



ça me faisait déjà enie, et un nouvel avis aussi enthousiaste ne peut que m'en rajouter une couche!


J'essayer d'explorer plus longuement nos auteurs français, moi aussi...



arutha 22/05/2010 10:35



Je fais partie de ceux qui ont longtemps considéré les proses des auteurs français de SFFF comme médiocre et frelatée.


Mais ça, c'était avant. Avant Mélanie Fazi, Fabrice Colin, Pierre Pevel, Michel Pagel, Laurent Kloetzer, Jean-Philippe Jaworski ... Arg j'en oublie sûrement plein. Qu'ils me pardonnent.



Ryû 23/05/2010 10:20



Et Damasio rho, comment tu peux l'oublier, lui ? ;p  J'étais comme ça aussi il y a peu. Mais bon, je ne connaissais que Pierre Bottero (qui, même s'il a fait
des trucs très sympa, ne m'a jamais transcendée non plus), Serge Brussolo (que je ne trouve pas extrêmement exceptionnel non plus), et Erik L'Homme (qui me laisse un meilleur souvenir, mais pas
de la même manière qu'un Tolkien :) ). Mais je pense que depuis plusieurs années, on a quand même plusieurs talents qui sont apparus. Et je trouve que c'est d'autant mieux que les anglo-saxons
sont longtemps restés considérés comme les maîtres du genre. Alors qu'aujourd'hui... je trouve qu'ils nous proposent de plus en plus de merdouille...



Miss Spooky 22/05/2010 10:16



J'avais déjà envie de le lire avant, maintenant j'ai en plus envie de le lire vite ! Mais ça attendra l'an prochain je pense, l'inconvénient des auteurs français.... en tout cas, cette couverture
est vraiment magnifique, c'est vrai ; dur de résister quand il y a autant de bonnes choses pour faire pencher la balance :)



Ryû 23/05/2010 10:21



C'est un pur bonheur, je ne pense pas que tu regrettera l'achat ;)



Lelf 21/05/2010 19:36



Hum, je confirme, ça donne bien envie. Surtout des nouvelles, j'adore.



Ryû 23/05/2010 10:21



Surtout si tu voyais leur contenu, qui vaut le détour :)