Des Fleurs pour Algernon
Daniel Keyes
Editeur : J'ai Lu
Collection : Science-Fiction
Date de parution : avril 2001
Nombre de pages : 251
ISBN : 2290312959
Résumé : Algernon est une souris de
laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l'intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l'assistance de la psychologue
Alice Kinnian, d'appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d'esprit employé dans une boulangerie. C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui naît entre Alice
et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d'Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d'un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner
â l'état de bête...
Avis : Le début de
l'ouvrage est relativement malaisé, Charlie Gordon, le « héros », simple d'esprit, écrit ses impressions dans le but de servir l'expérience à laquelle il se prête, censée accroître peu
à peu ses capacités mentales. C'est la fête des fautes d'orthographe, de syntaxe, de grammaire, et mieux vaut s'accrocher pendant la première dizaine de page. Une fois passé l'obstacle, le
lecteur découvre un récit bien construit, agréable à suivre et émouvant.
Les premiers comptes-rendus évoquant sa situation antérieure sont sans doute les passages que j'ai trouvés les plus durs. Ce sont ces passages où il se rend
compte, lentement, des moqueries qu'il prenait pour de bonnes blagues, de son incapacité à comprendre. Somme toute, de son handicap. La lecture est aisée et fluide, et l'on suit Charlie tout au
long de sa découverte de la vie, finalement.
Le travail de Daniel Keyes est à saluer dans le sens où il ne tombe pas dans la facilité, celle qui consisterait à apitoyer le lecteur sur un pauvre handicapé
mental. A aucun moment cela ne tombe dans la niaiserie ou les pleurnicheries. Mieux, le lecteur est amené à se poser de nombreuses questions, qui souvent mettent mal à l'aise. Sur les relations
entre les personnes, par exemple, avec le Charlie intelligent et le Charlie arriéré. Question également sur le savoir et la science : à proportion que ses connaissances s'accroissent, Charlie
s'éloigne de ceux qu'il aime. Et la science, jusqu'où peut-elle aller ? On le voit bien avec le professeur Nemur, le scientifique qui prend Charlie pour son cobaye, sa création. Par là même,
l'existence de Charlie est remise en cause : un être humain, est-ce un être de chair, un être d'esprit ? Les deux ?
Le lecteur est également déstabilisé par le critère « handicap ». C'est là que l'on voit qu'il est mal aisé de comprendre une personne handicapée, et les
réactions de son entourage. Tout le long du livre, en ce qui me concerne, je n'ai pas aimé la mère de Charlie, et encore moins Norma, sa soeur. Jusqu'à la rencontre avec le Charlie
« intelligent », où l'humain apparaît tel qu'il est, certains arrivent à composer avec ce qui leur tombe dessus, d'autres pas, comme cette femme, Rose, que l'on a du mal à comprendre,
parce qu'elle-même ne comprend pas son fils. Et c'est quand Charlie, sans aucune éventuelle arrière-pensée de vengeance, leur parle, tout simplement, que toute hostilité s'en va. Inversement, le
père, qui était a un comportement plus compréhensif dans les souvenirs de Charlie, prend une dimension moins sympathique lorsqu'il lui rend
visite.
Et, comble du comble, la régression de Charlie, la toute fin du livre, apporte encore une nouvelle réflexion. Le Charlie du début ne serait-il pas l'idéal de
l'homme vivant à l'Age d'Or selon les mythes antiques ? L'être innocent, qui ne connaît rien. Tant que Charlie est « idiot », il est protégé, dans sa bulle, ne comprend pas l'hostilité
et la réalité de la vie. Et inversement, c'est intelligent qu'il se coupe des autres. Plus d'une fois en lisant ce livre, j'ai pensé à la théorie de la Caverne de Platon, et j'ai été contente
d'être confortée dans cette idée quand l'oeuvre est carrément citée. Malgré la protection de ce monde à part, Charlie tend à « sortir de la caverne », et une fois qu'il a goûté au monde
extérieur, malgré toutes ses laideurs, il n'a pas envie de retrouver l'obscurité dans laquelle il vivait auparavant. Le Charlie qui régresse est un Charlie cynique et amer, qui sait ce qu'il a
perdu. Le comble de l'ironie reste dans les dernières phrases, où les fautes refont leur apparition, lorsque le Charlie « idiot » conseille, avec sans doute plus de philosophie que le
Charlie intelligent, et même que la plupart des gens, au docteur Nemur de ne pas s'outrer des moqueries. Même si cela ramène au monde du Charlie qui ne comprend pas, je n'ai pas pu m'empêcher de
sourire en pensant que, en prenant la vie plus simplement que nous, il a d'une certaine manière plus de lucidité...
Pour revenir vers des aspects plus globaux du livre, les personnages ont tous une présence très forte. Aucune trace de manichéisme, les personnages les moins
agréables sont avant tout montrés comme les humains faillibles que nous sommes tous. J'ai quant à moi beaucoup apprécié le docteur Strauss et Burt. Mais reste ce personnage que j'ai le plus
apprécié : Algernon, la souris, qui accompagne Charlie dans son « aventure » et le précède dans son déclin.
Bref, pour 250 pages, Des Fleurs pour Algernon
est un ouvrage vraiment riche. Du coup, une fois l'ouvrage refermé, je me suis pris une
claque dans la tronche en me rendant compte (ceci n'est qu'un avis personnel) qu'en matière de SFFF, on a de plus en plus de pavés, mais des pavés de conneries qui se veulent profondes. Je sais,
c'est très général, mais plus je lis des ouvrages comme celui-ci, plus j'ai tendance à m'éloigner de certains autres.
En tout cas celui-ci est vraiment à lire. C'est de la vraie SF des premiers temps, comme j'aime,
qui fait réfléchir et montre des aspects de l'humain peut reluisants, mais de l'humain quand même.