La Caverne, Marina et Sergueï Diatchenko

Publié le par Ryû

La Caverne

Marina et Sergueï Diatchenko

 

 

 

 

 

caverne


 

 

 

 

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Edition : Le Livre de Poche

Collection : Fantastique

Date de parution décembre 2010

Nombre de pages : 507

 

 

 

 

Résumé : La Caverne : un lieu mystérieux, inquiétant et fascinant. Un monde de rêve qui ressemble étrangement au nôtre. Un univers parallèle où, comme dans la vie réelle, prédateurs et victimes s'affrontent. Jusqu'à la mort. Le roman de Marina et Sergueï Diatchenko, chef-d'œuvre du fantastique russe, véritable phénomène d'édition dans les pays de l'Est, nous confronte, au fil d'une intrigue vertigineuse, à des questions essentielles sur la violence, l'amour et la nature humaine.



 

 

Avis : Je ne sais plus trop sur quel site exactement j'en avais lu la critique, mais toujours est-il que cela faisait bien un an ou deux que ce livre traînait au milieu de ma liste à lire. A vrai dire, je l'avais un peu oublié. Je me souviens que j'avais surtout trouvé la couverture jolie et que la critique en disait du bien, et comme il n'existait alors qu'en grand format, je ne me suis pas tout de suite penchée dessus. Et puis il y a peu, coup de bol, je le vois dans les partenariats proposés par Le Livre de Poche sur Livraddict. J'ai donc sauté sur l'occasion ; je ne me rappelais plus trop de quoi traitait réellement l'histoire, j'ai surtout saisi une opportunité de faire baisser ma liste à lire. Et en fin de compte, je me dis que je fais très bien de ne jamais supprimer un bouquin de cette fameuse liste (sauf après lectures de plusieurs avis très mauvais).


 

La Caverne enfin entre les mains, avouons-le, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans la danse. Le début est assez surprenant : le lecteur atterrit directement dans la Caverne, ce lieu où se transportent, en songe et sous la forme d'un animal, les habitants d'un petit village. C'est par ce moyen qu'ils sont censés se libérer de toute agressivité ; ainsi, aucun acte de violence n'a lieu dans leur réalité. Le seul inconvénient étant que lorsqu'un animal se fait tuer par un autre dans la Caverne, il ne se réveille plus.


 

Cette idée, que j'ai vraiment trouvé originale, est réellement bien mise en scène à travers l'histoire de Pavla Nimrobets, daine dans la Caverne - bon, je n'ai pas trop cherché plus loin, j'ai imaginé une sorte de cervidé -, et d'un metteur en scène, Raman Kovitch, dont la forme animale est un stark - grosso modo, le prédateur le plus redoutable des lieux. C'est dans la Caverne qu'ils se rencontrent pour la première fois ; un stark ne manque jamais sa cible, hors la daine de Pavla parvient à lui échapper par trois fois. Ce qui conduira les forces dirigeantes de leur réalité à s'intéresser à la jeune femme, apparemment douée d'un excédent de chance. Le gros du problème ? Un : les gens ne parlent jamais de la Caverne, de peur de créer un fort déséquilibre psychique : les tueurs et les tués sont des animaux, et un humain n'est pas responsable des actions de son animal. Deux : Pavla reconnaît en Kovitch le stark qui s'est attaqué à elle, s'ensuivra alors une extériorisation de la Caverne qui entraînera de graves bouleversements pour nos protagonistes.


 

Une entrée en matière certes un peu longue, mais je tenais à exposer quelques éléments afin que mes lecteurs ne se sentent pas perdus. Car La Caverne, et c'est là une des réussites de l'ouvrage, est un récit tout en suggestions, en situations évanescentes. Pas une explication de trop (ça fait du bien, quand la mode est à la manie américaine de tout expliquer sur tout, en long, en large, en travers, dix ans avant, etc). De même qu'un rêve, les caractéristiques de la Caverne et ses habitants ne sont jamais décrits de manière à imposer une image au lecteur. C'est son imagination qui prime (d'où le flou dans mon explication sur les animaux).


 

Du côté des personnages, là encore, une vraie réussite. Les relations entre Pavla, assistante de télévision timide et Kovitch, metteur en scène acariâtre à l'ego sur-dimensionné, se révèlent compliquées, indéterminées, mais c'est avec un vrai plaisir que je les ai suivies. Ce n'est pas de l'amour, ce n'est pas de la haine. Plutôt une espèce de fascination, de lien, qui fait que si l'un et l'autre sont totalement opposés, ils ne peuvent cependant s'empêcher de revenir vers l'autre. L'arrivée d'un troisième personnage, Tritan Todine, environné de mystère, envers lequel je suis restée soupçonneuse jusqu'au bout, vient corser les choses avec brio. Est-il à la solde du Trimagistère dans le but d'étudier la « chance » de Pavla, de s'en servir comme cobaye ? L'aime-t-il réellement ? Au final, rien de mièvre, rien de surexposé, rien de prévisible ; un excellent dosage.

 

L'omniprésence du théâtre et de la télévision, enfin, vient compléter la mise en scène. Kovitch se met en tête de monter une pièce à partir d'une vieille légende, qui traite de la fameuse Caverne, au risque d'entraîner un désastre psychique auprès du public. Pavla sombre dans une espèce d'apathie, et le lecteur finit lui-même par se demander si elle a définitivement perdu la tête ou si elle va se reprendre en main. De mon côté, même si certains décalages m'ont parfois déstabilisée au travers d'emplois de termes ou d'enchaînements de phrases bizarres (est-ce la traduction ? ou le « style de l'est », que je ne connais pas du tout ?), la force d'évocation de la plume des Diatchenko m'a plus d'une fois coupé le souffle (la représentation de la pièce étant sans doute un de mes passages préférés), au point que j'en devenais une vraie éponge des sentiments décrits dans le récit. Toutes les conséquences de l'évocation de la Caverne dans la réalité de Pavla, Kovitch et Tritan sont exploités avec talent et entrainent le lecteur dans une sorte de thriller psychologique haletant.


 

Au final, La Caverne a été une excellente surprise. Pas une seule fois je ne me suis ennuyée ; je dois même dire que j'avais énormément de mal à reposer le livre. Juste un petit défaut au niveau du flash-back concernant un des personnages : on ne s'ennuie pas, mais on se demande un peu ce qu'il apporte au récit. Cela dit, La Caverne reste un récit prenant, cruel et magnifique à la fois, très axé sur la psyché des protagonistes. Une vraie réussite et un nouveau coup de coeur.


 






 Partenariat :



livraddict


et


080207 Poche

Publié dans Fantastique

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GeishaNellie 16/05/2011 19:30



Je l'ai dans ma PAL, je l'ai acheté car il était en spécial, écrit par des Russes et parce que c'était du fantastique/sf. Je suis donc très contente de savoir que tu l'as beaucoup apprécié, je
vais peut-être le faire regrimper au-dessus de ma PAL. Ah, tu me donnes le goût de le lire !!



Luna 23/03/2011 13:44



Ce livre m'a totalement transporté dans un autre monde : j'ai beaucoup aimé & détesté cette univers innatendu de la caverne, on ne sait pas à quoi s'attendre et c'est terriblement
oppressant...
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur ce livre sur mon blog :)

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!



Sayaelis 15/01/2011 20:37



Bonjour :)

Je viens de lire et commenter La Caverne. Je me suis permise de mettre un lien vers ta critique. Si tu y vois la moindre opposition, n'hésite pas à me le faire savoir. L'article se
trouve ici : http://sayael.over-blog.com/


Merci quoi qu'il en soit ^^ !



Miss Spooky 04/01/2011 13:21



Je n'avais lu qu'une critique négative de ce livre et ton avis équilibre la donne... difficile de se faire une idée (comme souvent avec la littérature russe) alors je ne sais pas trop si je vais
me jeter dessus ou non, mais je ne l'oublie pas !