La Mort et quelques amis s'invitent chez le club Diogène - Jérôme Sorre et Stéphane Mouret

Publié le par Ryû

 

La mort et quelques amis s'invitent chez le club Diogène

 (1878-1885)

 

Jérôme Sorre et Stéphane Mouret

 

 

 

 

 

 

la mort et quelques amis s'invitent chez le club diogène

 

 

 

 

 

 

 

 

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Edition : Malpertuis

Date de parution :  décembre 2010

Nombre de pages : 334

 

 

 

 

Résumé : La gaffe se produisit au cœur tortueux de l’escalier, là où les marches étaient les plus traîtresses. Le tonneau trompa-t-il les doigts de Franklin ou triompha-t-il des biceps du Maréchal, qu’importe, pendant que les deux hommes s’accusaient mutuellement, le tonneau dégringolait par rebonds dans un vacarme de tous les diables. Miraculeusement, il finit sa chute debout, calé d’aplomb contre ses congénères.

 

Mais les secousses avaient dérangé ce qui croupissait à l’intérieur. Au début, ça se mit à taper. Le Maréchal et Franklin supposèrent qu’il s’agissait des remous du liquide, amplifiés par le ballottage des morceaux solides qui nageaient dans cette drôle de soupe. Mais voilà que ça se mettait à cogner plus fort ! Avec des poings, eût-on dit.

 

Quelque chose paraissait vouloir sortir du tonneau.

 

« Y a quelqu’un ? » appela le Maréchal en se baissant malgré lui sur le fût.

 

Ça répondit.

 

*

 

Les années passent, mais au cinquième étage de l’hôtel Impérial, tel un phare sans compassion, la lumière du club Diogène veille toujours sur les hauts-lieux et les bas-fonds de Paris, à l’affût d’une distrayante monstruosité qui viendrait à passer.

 

Rien n’a vraiment changé.

 

Certains en prennent peut-être plus à leur aise avec les règles édictées par Monsieur : ainsi Vayec et Franklin, en compagnie leurs belles, arpentent-ils en plein jour Montmartre. Mais, « D’une rue à l’autre », ils risqueront bien de se perdre.

 

Le Maréchal commence à ressentir les affres de la vieillerie : qu’à cela ne tienne ! Ce sera l’occasion pour le Club de se mesurer à un effarant gang de p’tits vieux.

 

Il y a aussi les ennemis séculaires du Club, comme le vieil Ésope, qui à grands coups de fables, de métamorphoses et d’incendies cherchent à prendre leur revanche. Fédor et les siens en ont maté d’autres.

 

Enfin O tempora o mores oblige, la gent féminine entend bien occuper le devant de la scène, comme dans cette vaillante « Histoire de filles », où Camille et Lison en remontrent à tous les goujats.

 

Un sentiment de truculente invulnérabilité pourrait légitimement gagner ces héros sans discipline et les lecteurs éblouis de leurs exploits pas toujours recommandables. Pourtant, au terme de ces quinze nouvelles aventures, le club Diogène perdra l’un des siens…


 

 

 

Avis : Après un long temps d'absence, principalement dû à mon travail IRL qui ne me laisse plus vraiment de temps pour lire, me revoici avec un nouveau partenariat, généreusement organisé par Accro et Mordus et les éditions Malpertuis. Ce qui m'y a entraînée ? Principalement le côté peu connu de l'éditeur ainsi que la quatrième de couverture de l'ouvrage, intitulé La mort et quelques amis s'invitent chez le club Diogène (1878-1885). La combinaison des deux m'a laissée présager un texte un peu différent de ce qui se fait habituellement, et je dois dire que je suis assez contente de constater que je ne m'était pas trompée.


 

L'ouvrage et son titre si particulier regroupent plusieurs nouvelles dont le contenu s'attache aux pas de personnages récurrents, à savoir ceux qui composent le club Diogène. Le lecteur fait ainsi connaissance avec une palette d'individus pour le moins étranges, et surtout, tous attachants à des degrés différents. Et bien que tous soient appréciables, deux d'entre eux se détachent du lot, mes chouchous : Vayec et ses réparties bien senties, et Franklin, dont le caractère doux et calme réservera néanmoins au lecteur quelques surprises.


 

Les premières nouvelles plongent leur lectorat dans le tumultueux Paris du XIXe siècle et dans une atmosphère peu ragoûtante, où choses à moitié humaines (voire pas du tout) se disputent tripes et boyaux. De manière générale, l'ambiance est au rendez-vous, un club Diogène qui semble respecter la philosophie du personnage dont ils ont pris le nom, et un arrière-plan d'époque sombre et vaguement inquiétant. Tout aussi peu consensuels que soient nos héros, aucune vulgarité gratuite n'est à noter, et ceci a été fort appréciable.


 

Les textes sont tous très différents, aussi bien en longueur qu'en contenu, passant du songe onirique à la traque d'un mort-vivant, où chacun des personnages est mis en avant. Parmi ceux que je retiens, notons Le galeux, où Franklin, un des membres du club plutôt effacé et peu porté sur les actions d'éclat, pète un plomb. L'exercice est très plaisant à lire, et surtout très drôle. Dans l'ensemble, aucun « Diogène » n'est laissé pour compte, chacun des caractères est développé de manière réussie et a droit à l'attention du lecteur.


 

Côté style, on note une réelle qualité d'écriture de la part des deux auteurs, tant au niveau de la recherche de vocabulaire que dans la construction des phrases, même si deux ou trois fois apparaissent des cafouillages qui rendent les choses bizarres : choix de mots peu appropriés ou verbes de diction pas franchement de diction, du genre « - Blablabla, Franklin lui passa-t-il son bras autour du coup ». Ces travers resteront très rares et les seuls défauts du livre, par ailleurs effacés par l'addiction provoquée par les aventures du club Diogène.


 

Le lecteur se trouve bercé par une prose de qualité et des aventures regorgeant de créatures anthropophages, de cuites et de poursuites en fiacre, en compagnie de quelques Camille, Maréchal, d'Orville ou Lison, souvent suivis de l'ombre mystérieuse du fameux Monsieur.


 

Sans nul doute, donc, un excellent opus, qui ne se lâche que difficilement. Il existe apparemment un ouvrage antérieur, sur lequel je vais m'empresser d'aller jeter un oeil. En attendant, en espérant que les aventures du club Diogène ne s'arrêteront pas de sitôt, je ne peux que recommander La mort et quelques amis à tous ceux qui se sentiraient attirés par les dessous et l'atmosphère d'un Paris du XIXe sur fond fantastique.

Publié dans Fantastique

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Maitre Wilbur 05/09/2011 12:58



Inspirantes chroniques.


Vos résumés sont de qualité.


Merci



Nico 66 20/05/2011 21:54



Et bien, j'ai du boulot car je suis aussi un grand lecteur qui passe des heures à chercher de nouveaux auteurs et tes critiques pertinentes et bien écrites vont m'y aider. br&vo pour ton
travail et merci, Nico66



Cerisia 14/02/2011 22:02



Ce livre m'a l'air pas mal du tout :)