Vendredi 29 janvier 2010
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Le Goût de l'Immortalité
Catherine Dufour
Editeur : Le Livre de Poche
Collection : Science-Fiction
Date de parution : septembre 2007
Nombre de pages : 317
ISBN : 2253119296
Résumé : Mandchourie, en l'an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de
haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains. Une maladie qu'on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une
transnationale d'enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l'enfer d'un monde déliquescent, vers ce qui pourrait être un rêve d'immortalité. Mais vaut-il la peine
d'être immortel sur une Terre en perdition ?
Avis : Inutile d'y aller par quatre chemins : Le Goût de l'Immortalité est le genre de récit glaçant et prenant que l'on
a énormément de mal à lâcher une fois entamé. Une fois de plus, c'est à El Jc que je dois de l'avoir lu et, une fois de plus, je ne regrette pas. Même si je pense qu'après ça, une lecture plus
légère sera la bienvenue.
Le Goût de l'Immortalité emmène effectivement son lecteur dans un monde inquiétant, oppressant,
laissant présager d'un futur lointain, mais en même temps plutôt angoissant dans le sens où ce futur n'est qu'une accentuation de nos actes d'aujourd'hui. En lisant ce livre, il m'a été
impossible d'éviter un parallèle avec Gunnm, le manga de Yukito Kishiro. On retrouve certaines donnes, surtout celle du monde scindé en deux : en haut, les « riches », les gens
« aisés », en bas, la suburb, coupée de tout et où règne la loi de la jungle. Et, par ailleurs, toujours cette même donne : la société « civilisée » n'est en fait qu'un
masque fissuré derrière lequel sourd une société en putréfaction.
Cette séparation m'a d'autant plus glacée que là encore, je n'ai pu m'empêcher de le rapprocher à certains faits de notre quotidien, trait que par ailleurs l'auteur montre très bien : la
brusque séparation de ces deux mondes à la suite d'une épidémie, la mise au rebut de la « lie » de la société, et par là même, la rupture des liens sociaux, des contacts entre les
gens, la haine et la peur de l'autre. C'est cet aspect du livre qui m'a sans doute le plus touchée, notamment dans le fait que si l'on y regarde bien, ce n'est plus tellement de la
science-fiction.
Pour en revenir à l'histoire en elle-même, j'ai particulièrement apprécié la narration, faite sur le mode d'un récit dans le récit, qui prend la forme d'une lettre. L' « héroïne »,
même si le terme me semble quelque peu erroné, raconte son histoire par l'intermédiaire d'une... « lettre », même si je doute fort que la notion épistolaire ait toujours cours dans ce
monde. Il en résulte une immersion dans l'histoire très facile, et l'on ne se sent que plus entrainé dans l'action et les événements. Un détail que j'ai particulièrement apprécié : les noms
propres ne comportent aucune majuscule. Non, ceux qui ont droits aux lettres capitales sont les éléments de la nature, végétaux et animaux. L'auteure marque définitivement la rupture homme /
nature et ne rend que plus réel ce monde pollué. La proximité avec la narratrice ne fait qu'accentuer l'horreur de ce qui lui arrive, le fait d'être conscient que l'on est figé dans de la chair
morte, et soulève plusieurs questions, notamment sur la valeur de la vie et bien sûr, le prix d'une éventuelle immortalité.
Le tout prend des allures de thriller. Un autre élément qui m'a par ailleurs frappée : l'absence d'évocation de tout ce qui pourrait avoir trait peu ou prou à des relations politique. Rien de
rien. Non, à la place, des grands groupes financiers, ou la mafia, quand les deux ne font pas qu'une seule et unique entité, qui, semble-t-il, détiennent réellement le pouvoir. Ce n'est pas
implicitement expliqué, mais une fois que l'on s'en aperçoit, cela donne, ça aussi, à réfléchir...
Un récit absolument fascinant, sombre, parfois émouvant, la plupart du temps oppressant. Que je ne conseillerais certes pas à une personne qui aurait le cafard, mais si vous ne l'êtes pas, je
vous encourage à vous plonger dedans. Pour ma part, c'est assez crispée que j'ai refermé ce livre, mais cela ne l'empêchera pas de figurer parmi les meilleurs bouquins de SF que j'aie pu
lire...
Par Ryû
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Publié dans : Science-Fiction
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