Les Fables de l'Humpur, Pierre Bordage

Publié le par Ryû

Les Fables de l'Humpur

 

Pierre Bordage

 

 

 

 

Humpur

 

 

 

 

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Editeur : Au Diable Vauvert
Collection : Littérature Générale
Date de parution : mars 2010
Nombre de pages : 573


Résumé : Dans les pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes, mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine humain et s'enfoncent lentement dans la régression animale. Tribus dominantes carnivores, communautés agricoles servant de nourriture aux clans prédateurs, tous sont soumis par le clergé aux lois de l'Humpur, qui punissent de mort les mélanges entre les clans et les comportements individualistes. Parce qu'il ne supporte pas de voir la jeune Troïa qu'il aime livrée aux appétits collectifs lors de la cérémonie rituelle de reproduction, Véhir brise l'enclos de la fécondité et s'enfuit en quête des derniers dieux humains de la légende. Lui, le grogne paysan, va accomplir ce chemin en compagnie de Tia, une jeune prédatrice hurle en exil...

 

 

Avis : Ainsi voilà donc lu mon premier ouvrage de Pierre Bordage. Depuis le temps que j'avais envie de le lire. D'autant plus qu'en fin d'année dernière, je suis passée juste devant les bâtiment des Utopiales à Nantes sans y entrer... et passant ainsi sans doute pas très loin de l'auteur, qui était présent. J'espère qu'il y sera cette année, j'en serai d'autant plus enthousiaste qu'à mes yeux ce n'est plus seulement Pierre Bordage parce que c'est Pierre Bordage, mais un auteur que j'apprécie beaucoup.


Je remercie dores et déjà les éditions du Diable Vauvert et Livraddict, qui m'ont permis la lecture de cet ouvrage. Concernant mes premières réactions, avant ouverture : une couverture « space » mais plutôt chouette. Et en fin de compte, du « space » qui s'accorde parfaitement avec mon premier contact avec ce livre. La première pensée que j'ai eue en découvrant l'ouvrage ce résume à un certain étonnement un peu dérangé. Le lecteur est d'emblée lâché dans la communauté de Manac où vivent des créatures mi-hommes mi-porcs... en plein milieu d'une saillie. La chose est d'autant plus déroutante que ces êtres sont conscients, et que l'on est aux premières loges pour observer leur bestialité. Le tout assaisonné d'un vocabulaire assez salé. Mais pas vulgaire, et je n'en apprécie que d'autant plus.


En parlant de vocabulaire, l'auteur sait également user de sa plume. Et avec talent. Je ne m'y connais pas suffisamment en ancien français pour déterminer si le constant jeu sur les mots, dans une volonté de montrer une évolution de langues, tient de l' « historique » ou de l'argot. Un peu des deux je suppose. Le plus dur reste à surmonter les dialogues assez bizarres où verbes et sujets sont inversés. J'ai eu franchement du mal, même si Véhir, le héros, se met avec le temps à parler « mieux ». Pierre Bordage exploite par la même occasion les sonorités ; l'entrée dans la communauté de Manac s'accompagnant d'un premier contact avec ces créatures porcines, nommées Orn, Véhir, Graüm...


Une fois l'élément perturbateur survenu – Véhir qui décide de quitter sa communauté malgré le danger qui règne au dehors – la plongée dans le récit est immédiate. On apprend peu à peu les lois qui régissent ce monde bizarre, fondé sur la domination des prédateurs, exploitant des communautés agricoles (comme celle de Véhir). Pour une de ces rares fois, je suis d'accord avec la quatrième de couverture de l'ouvrage : Pierre Bordage nous offre « un fabuleux roman d'amour, une ode à la différence ». Mais attention, pas du gnangnan hein, du bon. Et c'est avec bonheur que l'on suit son évolution, son voyage en compagnie d'une hurle (une louve), d'un ronge et d'une siffle, et le lien qui peu à peu se crée entre les quatre.


Cette jolie fable apporte également son lot de réflexions. Tout du long je me suis posé la question, en frissonnant, de savoir si les protagonistes étaient des humains animalisés, ou inversement. Par la suite viennent des considérations fort bien placées sur la question des dérives de la biotechnologie, de l'implication de l'argent, des multinationales qui parfois (souvent), on un certain ascendant sur les Etats... Même une réflexion sur la religion est possible. Ajoutons à cela le plaisir de découvrir un fabliau à l'entrée de chaque chapitre, assez bien construits.


Pierre Bordage maîtrise totalement son récit - aucune longueur à noter, des personnages attachants, une trame creusée, qui tient la route – et propose au lecteur une fort sympathique épopée. En somme une lecture que j'ai beaucoup appréciée, qui m'a laissée perplexe au départ, et qui, pour finir, m'a totalement « enjominée » :)




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Luna 24/11/2012 12:25


J'ai également beaucoup apprécié le travail fait sur les mots : je me demande comme l'auteur à réussi à ne pas s'emmêler les pinceaux (d'un autre côté, c'est son job) et mettre un mot bien à nous
dans son texte au lieu de la bonne expression...
Bref, c'est vraiment une jolie découverte !

SBM 09/04/2010 22:18



Dommage que ce soit le premier Bordage que tu lises... dommage parce qu'à mon avis, c'est le meilleur et les autres te paraitront donc moins bien...



Ryû 10/04/2010 17:16



A voir. Je pense en même temps que les autres ouvrages de l'auteur doivent être suffisamment différents pour ne pas que je compare sans cesse à celui-ci ? Enfin,
j'espère... En tout cas, la Franternité du Panca et Les Guerriers du
Silence me tentent bien, j'ai d'ailleurs pu récupérer le dernier dans la bibli de mon papa. 



Taliesin 01/04/2010 23:49



Moi aussi j'ai adoré ce livre, et je crois que tous au départ on a été un peu surpris par le langage employé. Et puis finalement ça passe assez vite et on s'y fait bien. Bordage a vraiment un
très très bon style.



Ryû 06/04/2010 14:22



Ce que j'ai d'autant plus apprécié, c'est que là où un autre ce serait complu à peut-être faire dans le vulgaire, Pierre Bordage parvient à rester tout à fait
correct. C'est là qu'on reconnaît les bons auteurs ;)



El Jc 01/04/2010 20:56



Non Miss Spooky tu n'es pas la dernière, je 'lai dans ma Pal et j'attends de pouvoir lui laisser un peu de place dans mon emploi du temps pour pouvoir m'y atteler. Je ne lis ta chronique qu'en
diagonale Ryu avant de revenir vres toi dans quelques temps pour échanger sur le sujet.



Lelf 01/04/2010 20:20



Encore un conquis, chouette ^^


Je peux te dire que Pierre Bordage sera encore aux Utopiales car il en est le Président (ou il l'était encore il y a peu, ce qui ne change pas grand chose). C'est un des piliers. Et il est super
abordable en dédicace en plus, il n'y a jamais de file (comme il est du coin j'imagine qu'il y a moins l'effet de rareté qu'on trouve chez d'autres ^^). Et il est super sympa :)



Ryû 06/04/2010 14:20



Cool, raison de plus pour que je me bouge les fesses cette année. On n'a pas beaucoup d'auteurs SFFF en France, vaut mieux qu'ils soient sympa ^-^